ven.

01

juin

2018

La poésie nous relie

Bus Paris-Strasbourg. Je m'assois à côté d'un jeune homme. Nous nous saluons." Il fait chaud ". La conversation s'engage." J'écris de la Poésie". " Vous connaissez Mahmoud Darwich?". " Oh Oui, je le récite par cœur ". Issam est syrien. Nous parlons. De l'essentiel. Avec le cœur. Il me raconte. Damas. 2013. La déflagration énorme. Il sort du lycée. Il prend à gauche. Ses quatre amis à droite. Il marche sur des corps. Des hommes tirent. Pourtant il a un uniforme de lycéen. Il longe les murs en pensant à son père. La maison. Enfin. Ses quatre camarades n'ont pas réussi à rentrer. Hagard. Triste. Non c'est un sentiment qui n'a pas de mot. Issam arrête les cours. Il se retire dans la ferme familiale à Kifraya où pendant un an il ne parle pas. Il écrit de la poésie. 

Un jour devant les larmes de son père, il comprend. Il reprend l'école. En un seul mois, il apprend apprend apprend. Il obtient son bac. Aujourd'hui Issam est étudiant à Strasbourg. Il écrit tous les jours. Il n'y a jamais de hasard. Je sais pourquoi j'ai choisi ce siège. La poésie nous relie. Définitivement. En chemin, il me montre un poème écrit en Arabe. Ensemble. Sur la route qui défile. Nous le traduisons. Nous le travaillons. Cinq heures de discussion. Ivres de poésie ! Je le partage avec vous ici sous son approbation émue :

 

Route vers la survie

 

Ô nuit qui s'attache à moi

Comme le sein de ma bien-aimée 

Abandonne-moi 

Ô pays bien aimé

Et l'injustice

Abandonne-moi 

Mes souvenirs 

Caniveaux où nagent 

Les algues !

Mon enfance est de velours 

Fer, radiation

Le temps des armes à feu

Mon village est une cascade

De martyrs

Et la pauvreté

Abandonne-moi 

Ô peuple de la Terre 

Médias, politiciens

Ô agents de la mort

Abandonnez-moi

Je ne prendrai pas la route

de la survie avec vous

Le fantôme de ce vieil homme me hante

Dans ma colère

Dans ma plainte 

Dans mon tourment

Voyez-le 

Assis en train de pleurer

Ses yeux durcis

Et ses cils plus durs

Que tous les ciseaux

Et ses mains qui sont invitées à prier

Les profondeurs de son chagrin sanglant ont inondé mes rêves

Comment puis-je le laisser et partir ?

Et qui retrouvera son fils 

Si je pars ?

Et moi qui guérira mon âme ?

Venez, vieil homme, asseyons-nous près

du sanctuaire de jasmin

ou sous les décombres 

du minaret 

Hors du crime

Nous éléverons nos griffes

Adossés sur l'épave d'un arbre

Tout le monde fuit le brasier

Il n'y a plus que nous

Dans cet enfer

Silencieusement 

Entrelacés

 

Issam part demain pour passer l'été aux côtés de ses parents en Syrie. Il n'y a plus d'aéroport. Là-bas. Il prendra un vol de Francfort à Beyrouth où un chauffeur de confiance l'attendra pour rouler jusque Tartousse. Il faudra attendre le jour pour passer la frontière. Il va apporter le livre de la Poésie Vagabonde à sa mère et son père qui est poète. Mon cœur bat. Fort. Oui mon cœur. Mon âme y sera. Dans quelques jours. Avec toi. Là-bas.

mar.

27

févr.

2018

Témoignage

Temps couleur ardoise. Le ciel pleurniche. Le matin est frais. La mer est démontée comme une nausée de doutes. Certaines personnes tanguent pour attraper un sac en papier tendu par un membre de l'équipage. La vitre est grasse du sel des vagues. Je suis à bord du Madiba 1. Madiba était le nom de tribu de Nelson Mandela. Nous accostons sur Robben Island. Les arbres pliés par le vent, le bois mort, l'herbe sèche et la roche friable confèrent au lieu un sentiment de désolation. L'ancienne léproserie et le cimetière, devant lesquels nous passons, accentuent cette sensation. Au loin un phare sort sa cime rouge d'un talus sec. Les vagues éclatent sur la roche noire déchiquetée. Nous allons entrer dans la forteresse. C'est un ancien prisonnier qui ouvre les portes. Il se nomme Zozo. Matricule 45/77. Nous voici dans la prison. Les battements de mon coeur se font lointains comme dans un tunnel. Murs gris et lisses, ambiance aseptisée. Combien de persécutions à nettoyer ? Une lettre est accrochée au mur avec des paragraphes recouverts de blanc. Zozo nous montre le bureau de la censure. Dans la section B où nous nous trouvons, celle des opposants politiques, une seule lettre semestrielle était autorisée. C'est à cet instant que monte ma nausée. Nous longeons un immense couloir sauvé par une porte où passe la lumière. Nous tournons à gauche dans une cour rectangulaire et minèrale où quelques cactus et un arbuste se déploient du côté droit. C'était " le jardin ", la bouffée verte de Nelson Mandela. Nous entrons dans l'aile gauche. Cellules contigues, en enfilade, habillées par un tabouret et une paillasse. Des barreaux séparent. La simple lumière est une respiration. Un mètre carré à peine. Nous voilà devant la cellule de Nelson Mandela. Une file se forme, disciplinée pour la photographier. Je m'écarte vers le coté droit. Je regarde intensément le sol où gît sa natte. J'atteins le recueillement l'espace d'un instant. Qu'est ce quelques minutes comparées à 27 ans ? 
" la cellule est un lieu parfait pour apprendre à se connaître et pour étudier en permanence et dans le détail le fonctionnement de son esprit et de ses émotions " lettre de Nelson à Winnie, 1er février 1993. 
La visite continue. Dans la section F, à côté des terrains de sport entourés de barbelés, Zozo achève ses explications par " Any question ? " Quelqu'un ose poser la question qui brûlait la curiosité de chacun. Quand avez-vous été incarcéré ici ? Zozo, certainement habitué à témoigner, répond avec décontraction : de 1977 à 1982. Je venais de naître. J'ignorais tout de la morsure de l'Humanité. De sa folie têtue et répétitive. Seul le récit d'un homme peut aider à briser la distance que le cœur met pour entrer pleinement dans ce lieu. Zozo nous raconte qu'il faisait partie des étudiants qui se sont soulevés à Soweto contre une des conséquences de l'apartheid en 1976. Mouvement de la conscience noire contre l'introduction de l'Afrikaans comme langue officielle d'enseignement. Par miracle, il n'a pas été tué le 16 juin 1976 comme 23 de ses camarades et près de 700 lors des répressions policières qui ont suivies ces manifestations ! Il a été enfermé vivant pour cinq ans... Je l'écoute au milieu de cette cour immense et rêche. Deux larmes perlent sous mes lunettes de soleil. Je ne les essuie pas. Je les laisse arriver jusqu'à la commissure de mes lèvres et je les bois. Comme ses paroles. Je fais descendre son témoignage dans les circonvolutions de ma conscience. Plus de distance. Résilience.

sam.

24

févr.

2018

Projet Edu-Care in the local impoverished communities with SAVE Foundation.

mer.

14

févr.

2018

Welcome to Cape Town

mer.

07

févr.

2018

Envol vers le rêve de la nation arc-en-ciel. Afrique du Sud !