lun.

01

oct.

2018

Tournée en Argentine et au Brésil

mar.

21

août

2018

Un bel article écrit par Michel Loetscher

Juliette Mouquet, la raison poétique

 

« Il n’y a pas de poème sans destinataire » disait Antonin Artaud, cité par Juliette Mouquet pour qui « les routes sont des carnets et les carnets des routes ».

 

Entre les paysages traversés du monde qu’elle arpente avec la ferveur des croyants et les visages sur lesquels elle se pose, la poétesse-voyageuse tend comme des fils d’araignée – rien que de ténus fils de Soi(e) tissés au fil des rencontres, d’Alsace en Amazonie, par une délicate poésie à l’air libre :

 

Les jours sont des routes

Nous sommes rattrapés

Par ce que nous ne sommes pas

 

En juin 2014, elle a quitté ce qui fait une vie tout confort (dont un emploi d’ingénieur sanitaire) pour suivre sa raison poétique au long d’un dévorant chemin initiatique dans ce vaste monde vécu comme un chatoyant tissage de fables et de poèmes. Histoire de cerner l’indicible, de rendre visible un peu de l’irreprésentable, de capter la musique de ce qui est et de donner visage à tout l’inconnaissable possible. Les routes, les déroutes et les fables, ce n’est pas ce qui manque dans le monde, à commencer par celle du big-bang qui en chevauche bien d’autres, comme sur cette « île en forme de larme versée à la pointe de l’Inde » où la poétesse sent, sous la trompe d’un éléphant, sa finitude s’étirer jusqu’aux confins de l’inconnaissable : « L’univers se détend et donne le secret de son expansion à travers deux vies qui se relient. Le monde a tant besoin d’être cajolé dans ses longs silences et sa mémoire d’éléphant. »

Embarquée en poésie au sens pascalien du terme, Juliette Mouquet se suspend à ce qui élève et se recommence, contrairement au QI en chute libre de l’espèce présumée non inhumaine, ainsi qu’elle l’entend à la radio. Celle qui a arpenté les deux hémisphères pour intérioriser la sagesse des cultures et s’incorporer toute la poésie du monde pour en faire le mouvement même de sa vie s’est découvert en sa ville d’Obernai, un matin d’hiver au cœur de la débâcle de l’Occident, un « allié de bienveillance dans le sensible » : « Certains salissent le monde et d’autres le transforment »…

 

Je fais claquer

La bulle de chaque jour

Entre mes doigts

Pour récolter

L’éclair de la joie

 

Si en poésie toute question s’aiguise sur ce qui l’aggrave, il arrive aussi, comme en ce bel été invincible des poétesses, qu’elle se délivre en un éclair d’évidence et d’humanité, à l’instar de celle d’Eluard qui souda ces deux mots : « l’amour, la poésie »…

 

Juliette Mouquet, La Poésie vagabonde – Carnets de routepoèmes et photographies, éditions du Tourneciel, collection « Le Miroir des échos », 28 €

mar.

10

juil.

2018

L'art au vert à Goxwiller

jeu.

28

juin

2018

Une belle reconnaissance

ven.

01

juin

2018

La poésie nous relie

Bus Paris-Strasbourg. Je m'assois à côté d'un jeune homme. Nous nous saluons." Il fait chaud ". La conversation s'engage." J'écris de la Poésie". " Vous connaissez Mahmoud Darwich?". " Oh Oui, je le récite par cœur ". Issam est syrien. Nous parlons. De l'essentiel. Avec le cœur. Il me raconte. Damas. 2013. La déflagration énorme. Il sort du lycée. Il prend à gauche. Ses quatre amis à droite. Il marche sur des corps. Des hommes tirent. Pourtant il a un uniforme de lycéen. Il longe les murs en pensant à son père. La maison. Enfin. Ses quatre camarades n'ont pas réussi à rentrer. Hagard. Triste. Non c'est un sentiment qui n'a pas de mot. Issam arrête les cours. Il se retire dans la ferme familiale à Kifraya où pendant un an il ne parle pas. Il écrit de la poésie. 

Un jour devant les larmes de son père, il comprend. Il reprend l'école. En un seul mois, il apprend apprend apprend. Il obtient son bac. Aujourd'hui Issam est étudiant à Strasbourg. Il écrit tous les jours. Il n'y a jamais de hasard. Je sais pourquoi j'ai choisi ce siège. La poésie nous relie. Définitivement. En chemin, il me montre un poème écrit en Arabe. Ensemble. Sur la route qui défile. Nous le traduisons. Nous le travaillons. Cinq heures de discussion. Ivres de poésie ! Je le partage avec vous ici sous son approbation émue :

 

Route vers la survie

 

Ô nuit qui s'attache à moi

Comme le sein de ma bien-aimée 

Abandonne-moi 

Ô pays bien aimé

Et l'injustice

Abandonne-moi 

Mes souvenirs 

Caniveaux où nagent 

Les algues !

Mon enfance est de velours 

Fer, radiation

Le temps des armes à feu

Mon village est une cascade

De martyrs

Et la pauvreté

Abandonne-moi 

Ô peuple de la Terre 

Médias, politiciens

Ô agents de la mort

Abandonnez-moi

Je ne prendrai pas la route

de la survie avec vous

Le fantôme de ce vieil homme me hante

Dans ma colère

Dans ma plainte 

Dans mon tourment

Voyez-le 

Assis en train de pleurer

Ses yeux durcis

Et ses cils plus durs

Que tous les ciseaux

Et ses mains qui sont invitées à prier

Les profondeurs de son chagrin sanglant ont inondé mes rêves

Comment puis-je le laisser et partir ?

Et qui retrouvera son fils 

Si je pars ?

Et moi qui guérira mon âme ?

Venez, vieil homme, asseyons-nous près

du sanctuaire de jasmin

ou sous les décombres 

du minaret 

Hors du crime

Nous éléverons nos griffes

Adossés sur l'épave d'un arbre

Tout le monde fuit le brasier

Il n'y a plus que nous

Dans cet enfer

Silencieusement 

Entrelacés

 

Issam part demain pour passer l'été aux côtés de ses parents en Syrie. Il n'y a plus d'aéroport. Là-bas. Il prendra un vol de Francfort à Beyrouth où un chauffeur de confiance l'attendra pour rouler jusque Tartousse. Il faudra attendre le jour pour passer la frontière. Il va apporter le livre de la Poésie Vagabonde à sa mère et son père qui est poète. Mon cœur bat. Fort. Oui mon cœur. Mon âme y sera. Dans quelques jours. Avec toi. Là-bas.