mar.

09

juin

2020

Haikus

Promenade du soir

Je connais ce parcours

pas ce vent

 

Joie du ciel gris

La citerne bleue

se remplit

 

Fruits coupés

et café brûlant

Le matin dans tes mains

 

L'envie de porter secours

La lune est tombée

derrière la colline

 © Juliette Mouquet

 

" Le haïku n'oublie jamais la danse frémissante de la partie et du tout. Œuvrant à un réenchantement généralisé, il remercie la vie partout où elle s'improvise, de commencement en commencement. Suggérant, sollicitant - des vers luisants aux comètes, du grain de riz à la galaxie - une solidarité universelle du vivant, malgré la mort, malgré la souffrance. Il y a là, entre intuition et attention, un sentiment d'appartenance à la totalité sensible. Une esthétique qui est toujours une éthique - une éthique de l'amour ultime." Corinne Atlan et Zéno Biatu

ven.

01

mai

2020

Le Muguet

Hampe aux clochettes blanches très odorantes.

Tu penches ta tête dans les sous-bois indiquant la naturalité de la forêt où l'homme n'est qu'un cueilleur de passage. Ton nom latin Convallaria majalis signifie "qui fleurit en mai". Mais tu peux le faire jusqu'en juillet. Dans le symbole du Mont Parnasse, tu viens d'Apollon pour tapisser de douceurs les pieds de ses neuf muses. Au temps des rois ou des syndicats, tu fus offert comme porte-bonheur. On cherche ta fragrance en parfumerie mais l'ironie ou la loi des contraires qui unit toutes choses fait que tu es une espèce très toxique. Les baies qui viendront de tes clochettes ou l'eau de ton vase peuvent être mortelles. Il convient de te regarder comme une beauté inaccessible mais surtout de ne pas te consommer. Bon 1er mai !
© Juliette Mouquet

sam.

14

mars

2020

L'Amour au temps du coronavirus

Mon Amour. A l'heure où le monde se replie pour conjurer la pandémie. Le chant du merle se lève. Hier, ta voix m'est parvenue sur le fil haché du web. Elle montait au milieu du bêlement des brebis parquées sur la terrasse baignée par le vent sénégalais. Là-bas, derrière le détroit de Gibraltar, quand on fait dévaler ses yeux sur la côte atlantique de l'Afrique. Nous sommes séparés. Mon état de santé ne m'a pas permis de venir. Par Amour, je me suis tenue loin de toi. Et si j'avais marché dans la folie égoïste de te rejoindre, mes pas auraient été bloqués en escale au Maroc qui a fermé ses frontières aux Français. Mon abnégation à te protéger toi et ta famille fut de bonne intuition. J'attends dans le nid incertain que la tempête épidémique passe. Je goûte à l'endurance de l'humilité. Voilà quatre mois que je n'ai pas caresser ton visage. Tes lèvres manquent à mon quotidien. Le pain a si peu de goût. Chaque lieu que je traverse, je l'emprunte avec tes yeux. Et arrive alors la vague de l'émerveillement. Un jour, mon Amour, tu verras mon pays les joues gonflées de rires aux terrasses. Après cette nécessité d'isolement, nous nous souviendrons de notre courage fraternel. Il aura arraché les mauvaises herbes en nous. Et chacun pourra marcher dans la clairière de son être. Vers l'autre. Je t'imagine dans ta chambre rectangle sans meuble. Avec notre matelas posé à même le sol. Rangeant délicatement les affaires que j'ai laissées dans la petite valise noire : une jupe en lin couleur framboise, une serviette de plage, des tongs usées, des livres et des jeux pour les enfants. Avec pour seule décoration murale, le pêle-mêle de nos sourires vibrant sur la Teranga. Serrant contre notre cœur Awa et les autres enfants de ta famille si joyeux le jour où nous les avons emmenés en taxi collés-serrés vers la plage de Warang. Leurs yeux étaient plus grands que l'océan. Nos souvenirs heureux nous rendent indélébiles. Je voudrais te dire que je suis fière de notre détermination. Cette patience de source que nous déployons. Celui qui aime voit toujours plus loin. Au dessus de l'épreuve. Il ne perd pas ses forces à se plaindre mais à affronter dignement la réalité du présent. Je me souviens de la magie de notre petit maison en location au bord des manguiers et de la générosité de leur chair sucrée. La vie est un fruit qu'il faut regarder mûrir. L'insouciance reviendra. Je serai à nouveau dans tes bras. J'aime le soleil lent de nos souffles. Notre courage d'oiseau. Je t'aime comme une évidence astronomique. Prends soin du temps long. Baigne toi dans son énigme et sa simplicité. C'est là que je me trouve. A bientôt, mon Amour.
© Juliette Mouquet

sam.

18

janv.

2020

Les souhaits 2020

Je vagabonde, depuis cinq ans, pour diffuser la poésie qui nous relie et nous encourage à poser un regard sensible et conscient sur le monde. Sur de nombreuses terres, des êtres ont le courage de vivre avec peu et de continuer. Faisons preuve de sobriété heureuse et d'humilité. Chaque jour nous offre ses petites touches d'émerveillement. Prenons soin de les remarquer. De leur faire prendre de l'ampleur et de les partager. N'oublions pas que la nature est un sanctuaire à protéger. De toute urgence. Pour la santé du vivant sous toutes ses formes ! Je vous souhaite beaucoup de lumière, de vigueur, de partage et d'amour pour cette nouvelle année. 

sam.

11

janv.

2020

Festival Permanent des Mots

" Créé en 2014, Le FPM, Festival Permanent des Mots est une revue littéraire réservée à la création contemporaine avec un collectif de 9 chroniqueurs qui sont en quête de textes distincts et singuliers mais réunis par une réelle nécessité de dire et de décentrer.
Une sorte de topographie du territoire écrit contemporain avec la seule prétention de transmettre une différence ! "
Alors je suis heureuse d'y être éditée ...

FACES MULTIPLES

Bruit percutant
d’échafaudage défait
ferraille jetée
dans le ventricule du cœur
Quelles courbes prendront
nos corps en perpétuelles destinations ?

°

Le visage jauni par l'épreuve
Tu t'effondres sur l'herbe fraîche des pourquoi
Le vert tendre t'invite à renaître
Tu interroges l'ombre
et la morsure incessante
des chiens
Tu tournes dans tes anciens quartiers
Une fée burine l'astre
Elle annonce l'étreinte

*

Il faudra t'y faire
au jour qui te mange
aux coques vides de pistache
au mendiant de glaçons
à cette main qui te lâche
dans l'océan d'un prénom
Baiser mouillé sur le front
à l'heure qui craque
quand tu te baisses
pour consentir
au dernier rayon

© Juliette Mouquet